Rebelle

Il faisait froid. Le vent soufflait. Il faisait gris. L’iode sentait fort. Il pleuvait. La nature était en représentation. Elle dansait, du plus profond des océans jusqu’au plus haut du ciel. Elle chantait avec mille et un instruments à ses côtés. Le tonnerre grondait et les vagues de la vaste et sombre étendue se fracassaient sur la plage. C’était une soirée de communion.

D’abord le froid, ensuite le vent, puis la pluie, suivie par l’éclair et enfin le tonnerre. Petit à petit, la mer s’excitait, s’extasiait et s’invitait à la fête. Elle était déchaînée. La nature semblait vivante, elle respirait, criait et buvait. Elle jouait une pièce de théâtre où le bien et le mal ne formaient qu’un, quelque chose proche de la passion.

Elle se sentait exister et le faisait savoir. Fini de voir les autres vivre, elle poussait chacun à rentrer chez lui. Les fourmis étaient en alerte, en avant toutes, à la fourmilière. La pie retrouvait son nid. Les chiens se réfugiaient auprès de leur maître. Et les hommes s’enveloppaient sous une couverture bien chaude et bien douce.

Sabya, émerveillée par ce qu’elle voyait, courait vite, vite et encore plus vite pour atteindre cette même énergie, pour posséder à son tour cette pulsion. Elle rêvait d’être cette nature là, cette déesse. Elle sentait la liberté la porter sous l’impulsion de ses pas. Plus rien, ni personne ne pouvait la retenir. Elle était en transe comme possédée par un force chamanique étrange.

De loin, on pouvait la voir, cette petite fille qui galopait, sa longue queue de cheval se balançant de droite à gauche. Ses yeux marron noisette brillaient à la lueur de la lune. Sa petite bouche rouge, grande ouverte, essayait d’attraper toutes les gouttes d’eau du ciel déchaîné quand soudain elle fût prise de vertige. Il était là devant elle, majestueux: l’océan. A la lumière d’une lune embrumée, elle observait ce noir, elle l’entendait surtout. Loin de l’effrayer, il lui inspirait la vie.

Elle s’allongea sur le sable et regarda le ciel. Aucune étoile. Il était dense, on pouvait s’y perdre. Mais ce ciel était différent des autres, il ne rappelait pas l’univers et la petitesse de la Terre, simple astre parmi les astres. Cette fois-ci, par le brouillard, les grondements et la pluie qui s’abattait sur elle, il lui démontrait sa grandeur. Elle pensa : la nature est notre déesse et moi je serai son esclave à jamais. Elle ne voulait pas céder à l’appel des songes, mais ses paupières, répondant à l’appel de son esprit épuisé par ce grand manège, décidèrent pour elle. Elle s’endormait sans rêver. Ses délires inconscients, elle les connaissait.

Quelques rayons de Soleil lui caressèrent timidement le visage. Son corps se réchauffait lentement. Un sentiment de douce volupté l’enveloppa tout entière. C’est à ce moment-là qu’elle tressaillit, ses muscles faisant le deuil du froid de la nuit. Elle se réveilla et vit au loin le firmament azuré. Il paraissait si clair, si limpide. Elle entendit une vague se casser sur le rivage, dernier vestige de la soirée. Elle s’assit et fut étonnée de ce calme qu’elle connaissait pourtant si bien. La fête était bel et bien terminée, il était tant de rentrer.

Elle marchait langoureusement. Des soirées comme celle-là ne se produisaient qu’une seule fois en cette saison. En attendant, elle y pensera parfois, feignant d’aimer l’été, sa tranquillité et le déferlement de citadins en quête de leur nature d’êtres naturels.

(Texte écrit en 2010 et repris et corrigé pour contre-temps)